J'ARRÊTE DE BOIRE



Quelqu’un a vomi dans la poubelle. Ou alors c’est un truc en sauce, je ne sais pas. Personne ne danse. Les lumières assez agressives empêchent de bien voir les invités. Il y a un type étendu sur le canapé, les reins cambrés, qui soulève des haltères avec des « han » terribles. Après chaque levée, il compte : 37, 38... là il en est à 38, tout le monde s’en branle. « J’ai arrêté de boire. » La fille éclate de rire. Connasse, elle s’imagine que je plaisante. J’ai deux fois son âge et je me fais l’effet d’une vraie / elle porte son poignet à ses lèvres et dicte un article pour un e-zine branché. La machine fait répéter, je m’ennuie.

J’ouvre une séquence chaude en parallèle avec la première session. Celle-ci aussi est plus jeune que moi. C’est une noire avec le cul très haut, risiblement nineties : platform boots argentées, dreadlocks étudiés - l’Oréal -, machin large à capuche. La voix ne correspond pas exactement à l’idée que je me fais d’une fille dans son genre, mais c’est plutôt agréable une fois qu’on s’est habitué. Je me laisse  bercer, mi-heureux, mi-écœuré. Un flot ininterrompu de macromusique se déplace lentement de l’un à l’autre des murs plasma, par itérations fréquentielles semi-aléatoires supposées évoquer des écoulements organiques. Je chargerais bien un Cure quelconque qui mette tout le monde d’accord mais je n’ai pas le code d’accès. Un type torse nu me demande si mon livre se vend bien, je décide de prendre un verre quand même.

Dans la cuisine, les mêmes que la semaine dernière ont remis sur la table le débat de la semaine dernière, à savoir : « Est-il plus groove de bosser dans la com événementielle ou sur des projets net ? » Tout le monde a l’air d’avoir un avis bien tranché sur la question, surtout les filles. D’ailleurs tout le monde bosse dans la com, mais ça ne se voit pas quand ils se parlent. Je veux dire qu’ils crient et s’exaspèrent : accessoirement ils me bloquent l’accès aux distributeurs.

Tandis que je me faufile, une fille très maigre au crâne rasé que je ne me rappelle pas avoir jamais chargée se tourne brusquement vers moi et me demande de but en blanc si ce n’est pas « vendre son âme, pour un écrivain, de travailler dans une boîte de com. » Elle a tout autour de la bouche sur la lèvre inférieure des traces de piercings plutôt épais qui n’ont pas complètement cicatrisé, de quoi mettre une bonne demi-douzaine de bijoux. Je lui dis que non, pas plus vendue que je ne me sens déshonoré chaque fois que je pisse sous prétexte que le même organe me sert également à baiser ; et retourne au salon.

Là, intervention inopinée de Carla M. (mon ex), très belle, qui me traite d’enculé. « Tu veux qu’on aille tirer ? » Elle me gifle dans un geste très cinématographique. Je souris avec mépris, à défaut de mieux, et me bourre d’olives pour me donner une contenance. Ses seins sont refaits, avec les tétons considérablement épatés comme c’est la mode maintenant. Ca me donne envie de pleurer. Elle commence alors à raconter à tout le monde cette histoire sordide et d’ailleurs fausse, partiellement, il y a six ou sept ans, où l’on m’aurait soi-disant trouvé allongé nu sur le tapis du salon, serr [DELETE] nvI=20mDfV5%2FrZb contre mon [DELETE] ion=3Dbolrate= Message-Id: <4.2.0.59141@exit1..fixit.com> .t not found 19977-XTc KR Select new file ; d’un Noël aux flamb [DELETE] il-relay2.eleonore.co.uk with ESMTP id 1215 for <rclinquart@apologie.fr>; Thu, 3152155.00cc0520 28 Oct 2007 01:01:34 +0200 (Netscape Messaging Server 11.5) Received: from uJYM0b 847jS X-Sender: allright@pop1.europe.commonstage.com HeVGfg To: lettres capitales R=E9gis, il se vend ou pas ton bkn m=eccookie=3D4fvd552v nvI=20 &a=3Di&=ovplate= 3Dproductview.fr.htm taient [DELETE] plusieurs d’entre eux me ten [DELETE] [DELETE] [DELETE] data error 0670 in hard file W7BpGRhfJSreteodl=action= unsaved ERT nvegZ=20 ZB // ems will be lostTatRI14bIinhIhC3zl please reboot system

 

Régis Clinquart,
décembre 1999.

 

 

(retour)